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La philosophie politique connaît depuis quelque temps un intérêt croissant pour la justification des droits territoriaux. Pendant longtemps, la philosophie politique, qui a beaucoup traité du rapport entre état et citoyen, a largement ignoré la question du territoire comme une question normative distincte. On présumait que ce qui justifiait le pouvoir coercitif de l’état justifiait également le contrôle de l’état sur son territoire. Des développements récents dans la littérature sur les droits territoriaux révèlent cependant que les questions normatives entourant le territoire sont nombreuses et complexes, et qu’il nous manque une théorie cohérente et unifiée du territoire.

Malgré des discussions récentes sur les tendances vers la mondialisation et la déterritorialisation, il n’en reste pas moins que toute la surface de notre planète est divisée en unités territoriales et politiques distinctes et mutuellement exclusives, et le processus n’est peut-être pas terminé, puisque les états tentent de continuer à étendre leur sphère de contrôle sous les fonds marins, à l’Arctique gelé, et peut-être même au-delà de l’atmosphère.

Pourtant, alors même que l’impératif territorial persiste avec ténacité, les droits territoriaux restent sous-théorisés. Certaines théories cosmopolitiques contestent l’idée selon laquelle le monde devrait être divisé en états territoriaux : elles demandent ce qui confère à l’état, ou au peuple qu’il représente, l’exercice du contrôle monopolistique sur une certaine partie de la surface de la Terre. Même si l’on accepte l’idée de l’état territorial, plusieurs questions politiques et philosophiques pressantes surgissent, questions que laisse sans réponse la position traditionnelle selon laquelle tout état a le droit d’exercer le contrôle sur son territoire. Et si le territoire d’un état ou d’un groupe a été acquis injustement : y a-t- il des droits remédiaux au territoire à la lumière de l’injustice historique? Les droits de juridiction ou les droits d’auto-détermination entraînent-ils des droits de contrôle des frontières et des ressources naturelles? Quels principes doivent déterminer qui devrait avoir des droits territoriaux dans le cas d’îles inoccupées, de l’Antarctique ou des frontières contestées?

Ces questions normatives sont au cœur de plusieurs enjeux pressants auxquels l’on fait face aujourd’hui, qui impliquent tous le territoire et les droits territoriaux : les conséquences du colonialisme et de la décolonisation; les revendications territoriales autochtones; les demandes de réparation ancrées dans l’injustice historique; les disputes concernant les ressources naturelles; les revendications concurrentes sur les océans, l’Arctique et l’Antarctique; les questions de sécession et d’annexion; ainsi que les débats sur l’immigration.

Cette conférence rassemble des spécialistes de théorie politique, philosophie, droit, affaires publiques et relations internationales afin d’examiner ces questions et d’explorer de nouvelles directions et nouveaux défis dans les dimensions tant conceptuelles qu’appliquées du territoire et des droits territoriaux.